A L’ÉPREUVE DU MAL

StAndreDungLac A L’ÉPREUVE DU MAL

Moi, Paul, lié de chaînes pour le Christ, je veux vous raconter les tribulations dans lesquelles je suis chaque jour enseveli, afin qu’embrasés de l’amour divin, vous bénissiez avec moi le Seigneur, parce que dans tous les siècles est sa miséricorde.

Cette prison est vraiment une vive figure de l’enfer éternel. Aux liens, aux cangues et aux entraves viennent s’ajouter des colères, des vengeances, des malédictions, des conversations impures, des rixes, des actes mauvais, des serments injustes, des médisances, auxquels se joignent aussi l’ennui et la tristesse. Mais celui qui a déjà délivré les trois enfants des flammes ardentes est aussi demeuré avec moi ; il m’a délivré de ces maux et il me les convertit en douceur, parce que dans tous les siècles est sa miséricorde.

Par la grâce de Dieu, au milieu de ces supplices qui ont coutume d’attrister les autres, je suis rempli de gaieté et de joie, parce que je ne suis pas seul, mais le Christ est avec moi. C’est lui, notre Maître, qui supporte tout le poids de cette croix ; pour moi, mes amis, je n’en ai à soutenir que la plus légère extrémité. Car non seulement il est spectateur du combat, mais encore il est combattant et vainqueur, et c’est lui qui consomme la lutte. C’est pourquoi la couronne de gloire est posée sur son chef, mais le membre peut aussi se réjouir de la gloire de la tête.

Comment puis-je vivre, voyant chaque jour les tyrans et leurs satellites infidèles blasphémer ton saint nom, toi, Seigneur, qui es assis au milieu des Chérubins et des Séraphins ? Vois ta croix foulée aux pieds des mécréants. Où est ta gloire ? À cette vue, enflammé de ton amour, j’aime mieux mourir et que mes membres soient coupés en morceaux en témoignage de mon amour pour toi, Seigneur.

Montre ta puissance, délivre-moi et aide-moi, afin que dans ma faiblesse, ta force se fasse sentir et soit glorifiée devant le monde, pour que tes ennemis ne lèvent pas la tête, si je suis ébranlé.

En entendant ces choses, vous rendrez, remplis de joie, d’immortelles actions de grâces à Dieu, auteur de tous les dons, et vous le bénirez avec moi, parce que dans tous les siècles est sa miséricorde. Mon âme glorifie le Seigneur et mon esprit a tressailli d’allégresse, parce que Dieu a regardé l’humilité de son serviteur, désormais toutes les générations futures me diront bienheureux parce que dans tous les siècles est sa miséricorde.

Louez le Seigneur, toutes les nations : louez-le, tous les peuples, parce qu’il a choisi ce qui est faible pour confondre ce qui est fort, il a choisis ce qui est vil pour détruire ce qui est noble, et par ma bouche, son esprit a confondu les philosophes, parce que dans tous les siècles est sa miséricorde.

Je vous écris ces choses pour que nous unissions votre foi et la mienne : au milieu de ces tempêtes, je jette une ancre qui va jusqu’au trône de Dieu ; c’est l’espérance qui vit toujours en mon cœur. Pour vous, mes bien-aimés, courez de telle sorte que vous remportiez la couronne, prenez l’armure de Dieu à droite et à gauche ; revêtez-vous de la cuirasse de la foi, comme l’ordonne mon patron, saint Paul ; il vaut mieux, pour vous, entrer borgnes et infirmes dans le royaume des cieux que d’être jetés dehors, ayant vos membres entiers.

Aidez-moi de vos prières pour que je combatte légitimement, que je combatte le bon combat et que je combatte jusqu’à la fin, pour achever heureusement ma course, afin que, si dans cette vie nous ne pouvons plus nous voir mutuellement, dans le siècle futur nous ayons ce bonheur à jamais, tout près du trône de l’Agneau immaculé, et qu’ainsi nous le louions dans la joie et l’exaltation dans les siècles. Ainsi soit-il.

– LETTRE DE S. PAUL LE-BAO-TINH
AUX SEMINARISTES DE KE-VINH (1843)

Amen,

Eden

VISITE TA VIGNE, PROTÈGE-LA.

 

Saint-Clement VISITE TA VIGNE, PROTÈGE-LA.
St Clément 1er, protecteur des marins

Dieu, jadis, a livré ouvertement Jérusalem à ses ennemis, dans sa colère contre les Juifs ; ceux qui le haïssaient les ont dominés, et il n’y a plus eu de fête ni de sacrifice. C’est ainsi qu’il s’irrite contre une âme qui transgresse son commandement, et qu’il la livre à ses ennemis, les démons et les mauvais désirs ; car, en l’égarant, ils l’ont totalement détruite.

Ainsi qu’une maison, si son maître ne l’habite plus, s’enfonce dans les ténèbres, le mépris et la ruine, se remplit de crasse et d’ordures ; de même, l’âme qui est délaissée par son Maître que le chœur des Anges accompagne, est remplie par les ténèbres du péché, la honte des mauvais désirs et un complet mépris.

Malheur à la route où personne ne marche plus, où la voix de l’homme ne se fait plus entendre ! Elle devient un repaire de bêtes fauves. Malheur à l’âme, si le Seigneur n’y marche plus, et si la voix n’en fait pas fuir les bêtes fauves de la méchanceté spirituelle ! Malheur à la maison que son maître n’habite plus ! Malheur à la terre qui n’a plus de cultivateur pour la travailler ! Malheur au navire, s’il n’a plus de pilote, car il se perd, emporté par les flots et la tempête ! Malheur à l’âme, si elle n’a plus en elle le vrai pilote, le Christ, car, livrée sur la mer à la cruauté des ténèbres, ballottée par les flots de passions, secouée par les esprits mauvais, elle trouve finalement sa perte.

Malheur à l’âme, si elle n’a pas le Christ pour la cultiver attentivement, afin qu’elle puisse produire les fruits savoureux de l’Esprit ! Car, abandonnée, remplie de ronces et de chardons, elle n’a de fruits que pour le feu. Malheur à l’âme, si elle n’a pas son Maître, le Christ, habitant en elle ! Car, déserte, elle est remplie par la puanteur des passions et elle devient l’auberge du vice.

Quand le cultivateur entreprend de travailler la terre, il doit prendre les outils et les vêtements appropriés à son travail. Il en va de même du Christ, ce roi céleste et ce cultivateur véritable ; lorsqu’il est venu vers l’humanité rendue déserte par le vice, il a revêtu un corps et porté sa croix en guise d’instrument, il a travaillé l’âme désolée, il a arraché les ronces et les charbons des esprits mauvais, il a déraciné l’ivraie du péché et brûlé toute la paille de ses iniquités. Et lorsqu’il l’a ainsi travaillée par le bois de la croix, il y a planté le jardin magnifique de l’Esprit qui produit toutes sortes de fruits délicieux et désirables pour le Maître qui est Dieu.

– HOMÉLIE DU IVe SIÈCLE

Amen,

Eden

Un bon musicien du Seigneur

Sainte-Cecile Un bon musicien du Seigneur
Sainte Cécile de Rome
Rendez grâce au Seigneur sur la cithare, jouez pour lui sur la harpe à dix cordes. Chantez-lui le cantique nouveau. Dépouillez ce qui est vieux, vous qui connaissez le cantique nouveau. Homme nouveau, testament nouveau, cantique nouveau. Le cantique nouveau ne concerne pas les hommes anciens. Les hommes nouveaux sont les seuls à l’apprendre, car ils sont renouvelés par la grâce loin de leur ancien état, et ils appartiennent désormais au testament nouveau, qui est le Royaume des Cieux. C’est pour lui que soupire tout notre amour, et qu’il chante le cantique nouveau. Chantons le cantique nouveau non par notre bouche mais par notre vie.

Chantez-lui le cantique nouveau, chantez bien. Chacun se demande comment chanter pour Dieu. Chante pour lui, mais évite de chanter mal. Il ne faut pas blesser ses oreilles. Chantez bien, mes frères. Lorsque l’on te dit, devant un auditeur bon musicien : Chante pour lui plaire, si tu ignores la musique, tu redoutes de chanter et de déplaire à l’artiste. Car ce que l’auditeur incompétent ne remarque pas, l’artiste te le reproche. Qui se proposerait pour chanter à Dieu, lui qui juge le chanteur, lui à qui rien n’échappe, qui entend tout ? Quand peux-tu offrir une telle perfection dans ton chant que tu ne déplaises en rien à des oreilles si délicates ?Eh bien, il te donne cette méthode de chant : ne cherche pas des paroles, comme si tu pouvais expliquer ce qui plaît à Dieu. Chante par des cris de jubilation. Bien chanter pour Dieu, c’est chanter par des cris de jubilation. En quoi cela consiste-t-il ? C’est comprendre qu’on ne peut pas expliquer par des paroles ce que l’on chante dans son cœur. En effet, ceux qui chantent, en faisant la moisson, ou les vendanges, ou n’importe quel travail enthousiasmant, lorsqu’ils se mettent à exulter de joie par les paroles, de leurs chants, sont comme gonflés d’une telle joie qu’ils ne peuvent pas la détailler par des paroles, ils renoncent à articuler des mots, et ils éclatent en cris de jubilation.

Ce cri est un son manifestant que le cœur enfante des sentiments qu’il ne peut exprimer. Et à qui cela convient-il mieux qu’au Dieu inexprimable ? Il est inexprimable, en effet, celui que tu ne peux traduire dans le langage. Et si tu ne peux parler, mais que tu n’aies pas le droit de te taire, qu’est-ce qui te reste, sinon de chanter en cris de jubilation ? Que ton cœur se réjouisse sans prononcer de paroles et que l’infinité de tes joies ne soit pas limitée par des syllabes. Chantez bien, avec des cris de joie.

HOMÉLIE DE S. AUGUSTIN SUR LE PSAUME 32
Amen,
Eden

La vie éternelle

lys-eternel La vie éternelle

Il est logique que la fin de tous nos désirs, c’est-à-dire la vie éternelle, soit indiquée à la fin de tout ce qui nous est donné à croire dans le Symbole, avec ces paroles : « La vie éternelle. Amen ». ~

Dans la vie éternelle, il y a d’abord l’union de l’homme avec Dieu. Car Dieu lui-même est la récompense et la fin de tous nos travaux : Moi, je suis ton bouclier, et ta récompense très grande. Et cette union consiste dans la parfaite vision : Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir; ce jour-là, nous verrons face à face. ~

La vie éternelle consiste encore dans la louange parfaite : On y entendra l’enthousiasme et la joie, l’action de grâce et le chant de louange.

Et encore dans le parfait rassasiement du désir, car chaque bienheureux y possédera plus qu’il ne désirait et n’espérait. La raison en est que personne ne peut en cette vie combler son désir, et que jamais rien de créé ne rassasie le désir de l’homme. Dieu seul rassasie, et au-delà: à l’infini. C’est pourquoi on ne se repose qu’en Dieu, comme le dit saint Augustin : «Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi ».

Et puisque dans la patrie les saints posséderont Dieu parfaitement, il est évident que leur désir sera rassasié et qu’en outre il débordera de gloire. C’est pourquoi le Seigneur dit : Entre dans la joie de ton Seigneur. Et saint Augustin, à ce propos : « Toute la joie n’entrera pas en ceux qui se réjouissent, mais ceux qui se réjouissent entreront tout entiers dans la joie ». On dit dans un psaume : Je serai rassasié lorsque se manifestera ta gloire, et dans un autre : Il comble de biens ton désir.

Car tout ce qui est délicieux se trouve là en surabondance. Car si l’on désire les délices, c’est là que se trouvera la délectation suprême et très parfaite, parce qu’elle consistera dans le souverain bien qui est Dieu : Délices à ta droite, pour toujours.

La vie éternelle consiste encore dans la société jubilante de tous les bienheureux, et cette société sera extrêmement délicieuse parce que chacun possédera tous les biens que possèdent tous les bienheureux. Car chacun aimera l’autre comme soi-même et par suite se réjouira du bien de l’autre comme de son bien propre. De ce fait, l’allégresse et la joie d’un seul s’accroît dans la mesure où elle est aussi la joie de tous.

HOMÉLIE DE SAINT THOMAS D’AQUIN SUR LE CREDO.

Amen,

Eden

Sainte Élisabeth, la consolatrice des pauvres

muguet-consolatrice-des-pauvres Sainte Élisabeth, la consolatrice des pauvres

Élisabeth se mit alors à manifester ses vertus. Toute sa vie, elle avait été la consolatrice des pauvres ; alors elle devînt entièrement le soutien des affamés elle ordonna que, près d’un château qui lui appartenait, on construisît un hôpital, où elle recueillit beaucoup de malades et d’infirmes. Là, à tous ceux qui demandaient l’aumône, elle distribua largement les bienfaits de sa charité ; et non seulement à cet endroit, mais encore dans tout le territoire placé sous la juridiction de son mari et elle épuisa si bien tous ses revenus, provenant des quatre principautés de son mari, qu’elle finit par vendre tous ses objets de luxe et tous ses vêtements de prix au profit des pauvres.

Elle avait l’habitude de visiter personnellement tous ses malades deux fois par jour, le soir et le matin. Ainsi elle prenait soin elle-même des plus répugnants ; elle nourrissait les uns, couchait les autres, en portait certains sur ses épaules et leur rendait beaucoup d’autres services de bienfaisance. Son mari, d’heureuse mémoire, n’a jamais manifesté de mauvaise volonté à cet égard. Enfin, après la mort de son mari, pour tendre à la plus haute perfection elle me demanda en pleurant de l’autoriser à mendier de porte en porte.

Le jour du vendredi saint, comme les autels étaient dénudés, les mains posées sur l’autel d’une chapelle de sa ville, où elle avait logé des Frères Mineurs, en présence de quelques-uns d’entre eux, elle renonça à sa volonté propre, à toute vie mondaine, et à tout ce que le Sauveur dans l’évangile, nous a conseillé d’abandonner. Cela fait, voyant qu’elle pourrait être dominée par l’agitation du siècle et la gloire mondaine de cette terre, où elle avait brillamment vécu du vivant de son mari, elle me suivit malgré moi à Marbourg ; là elle construisit un hôpital dans la ville, y recueillit les malades et les infirmes et accueillit à sa table les plus pauvres et les plus méprisés.

Malgré ces œuvres de la vie active, je le dis devant Dieu, j’ai rarement vu une femme plus contemplative. En effet, des religieux et des religieuses, comme elle sortait de l’oraison silencieuse, virent plus d’une fois son visage merveilleusement illuminé, et ses yeux rayonnant comme le soleil.

Avant sa mort, j’entendis sa confession. Comme je lui demandais ce qu’il fallait faire de sa fortune et de son mobilier, elle répondît que tout ce qu’elle paraissait posséder encore appartenait aux pauvres. Elle me pria de le leur distribuer, excepté une tunique grossière qu’elle portait et dans laquelle elle voulait être ensevelie. Ces dispositions prises, elle reçut le corps du Seigneur. Puis, jusqu’à l’heure de vêpres, elle parlait fréquemment de ce qu’elle avait entendu de meilleur dans la prédication. Ensuite, en recommandant très pieusement à Dieu toutes les personnes présentes, elle expira très doucement, comme si elle s’endormait.

LETTRE DE CONRAD DE MARBOURG
DIRECTEUR SPIRITUEL DE STE ÉLISABETH (1232)

Amen,

Eden

La venue, humble et glorieuse, de notre Roi.

rosier-austin-crocus-rose-venue La venue, humble et glorieuse, de notre Roi.

Disons au Christ, nous aussi : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël. Adressons-lui, en guise de palmes, les paroles d’adieu destinées à la croix. Célébrons-le, non pas avec des rameaux d’olivier, mais avec les triomphes de nos pardons réciproques. Étendons à ses pieds, comme des vêtements, les désirs de notre cœur, afin qu’il fasse en nous son entrée, qu’il soit totalement en nous, qu’il nous établisse tout entiers en lui, et lui tout entier en nous. Disons à Sion cette parole du prophète : Confiance, fille de Sion, n’aie aucune crainte. Voici son roi qui vient vers toi, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune.

Il vient, celui qui est partout présent et qui remplit toute chose, afin d’accomplir en toi le salut de tous. Il vient, celui qui n’est pas venu appeler les justes, mais les pécheurs à la conversion, afin de retirer du péché ceux qui se sont égarés. N’aie donc aucune crainte : Dieu est au milieu de toi, tu ne seras pas ébranlée.

Accueille en élevant les mains celui qui, sur ses mains, a gravé le plan de tes remparts. Accueille celui qui a établi tes fondations sur les paumes de ses mains. Accueille celui qui a pris sur lui tout ce qui est à nous, à l’exception du péché, afin d’absorber en lui tout ce qui est à nous. Réjouis-toi, ô Mère, cité de Sion, célèbre tes fêtes. Glorifie pour sa miséricorde celui qui vient à nous au milieu de toi. Réjouis-toi grandement, fille de Jérusalem, chante et danse. Resplendis, resplendis ! (Nous t’acclamons à la manière d’Isaïe, le prophète retentissant). Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi !

Quelle est cette lumière ? Celui qui éclaire tout homme venant en ce monde. Lumière éternelle, lumière hors du temps qui se montre dans le temps, lumière manifestée dans la chair et cachée par nature ; lumière qui a enveloppé les bergers et guidé les mages. Lumière qui était dans le monde au commencement, par qui le monde a été fait, mais que le monde n’a pas connue. Lumière qui est venue chez les siens, mais que les siens n’ont pas reçue.

La gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Quelle est cette gloire ? Eh bien, c’est la croix, sur laquelle le Christ a été glorifié. C’est la lumière éclatante de la gloire du Père, comme lui-même l’a dit, la veille de sa passion : Maintenant le Fils de l’homme vient d’être glorifié, et Dieu a été glorifié en lui ; et bientôt il le glorifiera. Ce qu’il appelle alors sa gloire, c’est son élévation sur la croix. Car la croix du Christ est sa gloire et son élévation. Il a dit en effet : Moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes.

HOMÉLIE DE SAINT ANDRÉ DE CRÈTE POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX

Amen,

Eden

Une terre nouvelle, où habitera la justice.

lys-madone-lis-blanc Une terre nouvelle, où habitera la justice.

 

 

Tous les arbres des forêts bondiront de joie devant la face du Seigneur, car il vient, car il vient pour juger la terre. Il est venu une première fois, et il viendra. La première fois, sa parole a résonné dans l’Évangile : Désormais, vous verrez le Fils de l’homme venir sur les nuées. Pourquoi désormais ? Est-ce que le Fils de l’homme ne viendra pas plus tard, lorsque se lamenteront toutes les tribus de la terre ? Il est d’abord venu en la personne de ses prédicateurs et c’est ainsi qu’il a rempli toute la terre. Ne résistons pas au premier avènement si nous ne voulons pas redouter le second.
Que doit donc faire le chrétien ? User du monde, ne pas servir le monde. En quoi cela consiste-t-il ? À posséder, comme si l’on ne possédait pas. C’est ce que dit saint Paul : D’ailleurs, frères, le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme ; ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui se réjouissent, comme s’ils ne se réjouissaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient pas, car elle passe, la figure de ce monde. Je veux que vous soyez libres de tout souci. Celui qui est libre de tout souci attend avec sécurité la venue de son Seigneur. Car est-ce qu’on aime le Seigneur, lorsqu’on redoute sa venue ? Mes frères, est-ce que nous n’avons pas honte ? Nous aimons, et nous redoutons sa venue ! Aimons-nous vraiment, ou est-ce nous n’aimons pas davantage nos péchés ? Nous haïrons nos péchés eux-mêmes, et nous aimerons celui qui va venir pour punir les péchés. Il viendra, que nous le voulions ou non. Ce n’est pas parce qu’il ne vient pas maintenant qu’il ne viendra pas. Il viendra, et tu ne sais pas quand. Et s’il te trouve prêt, cela n’a pas d’inconvénient pour toi que tu ne le saches pas.

Et tous les arbres des forêts bondiront de joie. Il est venu une première fois, et il viendra pour juger la terre. Il trouvera bondissant de joie ceux qui ont cru à son premier avènement, car il vient.

Il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité. Quelle justice et quelle vérité ? Il rassemblera auprès de lui ses élus pour le jugement, et les autres, il les séparera, car il mettra ceux-ci à sa droite, et ceux-là à sa gauche.

Qu’y aura-t-il de plus juste, de plus vrai que cela : ils n’attendront pas du juge la miséricorde, ceux qui n’ont pas voulu exercer la miséricorde avant la venue du juge. Ceux qui ont voulu exercer la miséricorde seront jugés avec miséricorde. Car il dira à ceux qu’il aura mis à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Et il leur attribue des actes de miséricorde : J’avais faim, et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire, et toute la suite.

Ceux qu’il a placés à sa gauche, qu’est-ce qu’il leur reproche ? De n’avoir pas voulu exercer la miséricorde. Et où iront-ils ? Allez au feu éternel. Cette sentence funeste suscitera un grand gémissement. Mais que dit un autre psaume ? Jamais on n’oubliera le juste. Il ne craint pas une sentence funeste. Quelle est cette sentence funeste ? Allez au feu éternel, préparé pour le démon et ses anges. Celui qui se réjouira d’une sentence favorable ne craindra pas une sentence funeste. ~ Voilà la justice, voilà la vérité.

Parce que tu es injuste, le juge ne sera pas juste ? Parce que tu es menteur, la vérité ne sera pas véridique ? Mais si tu veux rencontrer un juge miséricordieux, sois miséricordieux avant qu’il vienne. Pardonne, si l’on t’a offensé. Donne les biens que tu possèdes en abondance. Et avec quoi donneras-tu, sinon avec ce que tu tiens de lui ? Si tu donnais de ton bien, ce serait de la générosité. Puisque tu donnes ce que tu tiens de lui, c’est de la restitution. Que possèdes-tu que tu n’aies reçu ? Voilà les sacrifices qui sont très agréables à Dieu : miséricorde, humilité, reconnaissance, paix, charité. Si c’est cela que nous apportons, nous attendrons avec assurance l’avènement du juge, lui qui jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité.

SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LE PSAUME 95

Amen,

Eden

Marchez, tant que vous avez la lumière.

evangile-desert Marchez, tant que vous avez la lumière.
Aussi longtemps que nous vivons sur terre, convertissons-nous. Nous sommes de l’argile dans la main de l’artisan. Le potier, s’il fait un vase qui se déforme ou qui se brise entre ses mains, le modèle de nouveau ; mais s’il l’a déjà mis au four, il ne pourra plus rien faire pour lui. Nous aussi, tandis que nous sommes en ce monde, convertissons-nous de tout notre cœur, en renonçant au mal que nous avons commis dans cette vie charnelle, afin d’être sauvés par le Seigneur, tandis que nous avons encore le temps de nous convertir.

Car lorsque nous serons sortis de ce monde, nous ne pourrons plus, là-bas, confesser nos fautes et nous convertir. Ainsi, mes frères, c’est en faisant la volonté du Père, en gardant la chasteté, et en observant les préceptes du Seigneur, que nous obtiendrons la vie éternelle. Le Seigneur dit, en effet, dans l’Évangile : Si vous n’avez pas gardé de petites choses, qui vous en confiera de grandes ? Je vous le dis donc : celui qui est digne de confiance en peu de choses l’est aussi pour beaucoup. Il veut donc dire ceci : Gardez la pureté dans votre chair, gardez sans tache le sceau de votre baptême, afin que nous recevions la vie éternelle.

Que personne d’entre vous ne dise que cette chair ne sera pas jugée, et qu’elle ne ressuscitera pas. Reconnaissez-le: comment avez-vous été sauvés, comment avez-vous retrouvé la vue, sinon tandis que vous viviez dans cette chair ? Il faut donc que nous gardions notre chair comme étant le temple de Dieu. De même que dans cette chair vous avez été appelés, de même est-ce dans cette chair que vous devez vous en aller. Si le Christ Seigneur, qui nous a sauvés, alors qu’il était d’abord esprit, s’est fait chair pour nous appeler, c’est aussi dans cette chair que nous recevrons la récompense.

Aimons-nous donc les uns les autres, afin de nous en aller tous ensemble dans le royaume de Dieu. Tandis que nous avons le temps de guérir, remettons-nous à Dieu pour qu’il nous soigne, et donnons-lui ses honoraires. Lesquels ? La conversion d’un cœur sincère. Car il sait toutes choses d’avance, et il connaît tout ce qu’il y a dans notre cœur. Donnons-lui donc la louange, non pas seulement celle de notre bouche, mais aussi celle de notre cœur, afin qu’il nous accueille comme des fils. Car le Seigneur a dit : Mes frères, ce sont ceux qui font la volonté de mon Père.

Homélie du II ème siècle,

Amen,

Eden

Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.

cropped-1987776709 Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi

« Mes petits enfants, n’aimons pas avec des paroles
et des discours, mais par des actes »

Voici quelle grande miséricorde le Seigneur a exercée envers nous : d’abord nous, qui sommes vivants, que nous n’offrions pas de sacrifices à des dieux morts, et que nous ne les adorions pas, mais que, grâce à lui, nous connaissions le Père de vérité. En quoi consiste, en effet, la connaissance qui conduit vers le Père, sinon à refuser de renier celui par qui nous avons appris à le connaître ? Il le dit lui-même : Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père. Telle est par conséquent notre récompense, si nous confessons celui qui nous a sauvés. Et comment le confessons-nous ? En faisant ce qu’il dit, en ne désobéissant pas à ses commandements, en l’honorant non pas seulement des lèvres, mais de tout notre cœur et de tout notre esprit. Il dit, en effet, en Isaïe : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.

Ne nous contentons pas de l’appeler Seigneur, car ce n’est pas cela qui nous sauvera. Il dit en effet : Ce n’est pas en me disant : Seigneur ! Seigneur ! qu’on sera sauvé, mais en pratiquant la justice. Ainsi donc, mes frères. confessons-le par notre conduite, en nous aimant les uns les autres, en évitant l’adultère, la médisance et la jalousie, mais en étant chastes, miséricordieux et bienfaisants. Nous devons être compatissants et ne pas aimer l’argent. C’est par une telle conduite que nous le confessons et non par une conduite contraire. Ce n’est pas les hommes que nous devons craindre davantage, c’est Dieu. Autrement, le Seigneur vous dira : Même si vous êtes avec moi, rassemblés dans mes bras, et que vous ne pratiquiez pas mes commandements, je vous chasserai et je vous dirai : Écartez- vous de moi, je ne vous connais pas, je ne sais pas d’où vous êtes, vous qui faites le mal !

Combattons, mes frères, car nous savons que déjà le combat s’engage. Dans les combats pour une couronne périssable, beaucoup touchent le but, mais tous n’obtiennent pas la couronne, à moins d’avoir pris beaucoup de peine et d’avoir brillamment combattu. Quant à nous, combattons d’une manière à être tous couronnés. Courons sur la bonne route, vers le combat impérissable, soyons nombreux à prendre la mer et à combattre afin de remporter la couronne; et si nous ne pouvons pas tous l’obtenir, tâchons au moins d’en approcher. Nous devons savoir que, dans le combat périssable, celui qui est convaincu de fausser le combat est fouetté, exclu du concours et chassé du stade.

Qu’en pensez-vous ? Quel sera le châtiment pour celui qui aura faussé le combat impérissable ? Il est dit, en effet, de ceux qui n’ont pas gardé fidèlement le sceau du baptême : Leur ver ne mourra pas, leur feu ne s’éteindra pas, et ils seront donnés en spectacle à tout être vivant. – Homélie du II ème siècle

Amen,

Eden

AMOUR MYSTÉRIEUX

martyr15 AMOUR MYSTÉRIEUX

PAUL EVDOKIMOV

Dieu est discret quand il nous aime ; cette attitude s’éclaire si l’on comprend ce qu’il y a de plus mystérieux dans l’amour : tout amour est toujours réciproque. L’amour n’est possible que parce qu’il est miracle, parce qu’il engendre immédiatement la réciprocité, même si celle-ci n’est pas consciente, se refuse ou se pervertit.
C’est pourquoi aussi tout grand amour est aussi un amour crucifié. Il engendre un don identique à sa propre grandeur, un don royal car sans contrainte. Dans son attente d’un fiat d’une égale immensité, l’amour ne peut que souffrir et être oblation pure jusqu’à la mort et la descente aux enfers.

Jean de Saroug, écrivain syrien, élève l’amour humain au niveau du Christ : « Quel époux, demande-t-il, mourut jamais pour son épouse, et quelle épouse a jamais choisi comme époux un crucifié ? Le Seigneur s’est fiancé à l’Église, lui a établi une dot par son sang, et lui a forgé un anneau avec les clous de sa crucifixion ».
Le péché de l’homme n’est pas la désobéissance, celle-ci n’est qu’une conséquence inéluctable ; le péché c’est de méconnaître le don de la communion, refuser la liberté et abdiquer l’amour des fils. Dieu meurt pour que l’homme vive en lui. « Ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi ». Paul meurt et le Christ vit en lui et c’est l’épanouissement adulte de la personne de Paul, son entrée dans le plérôme nuptial.

L’homme est défini par son Éros : « Là où est votre trésor, là est votre cœur », dit l’Évangile. Si l’amour est la formule de l’homme créé à l’image de Dieu, il est évident qu’on ne peut aimer vraiment que ce qui est éternel ; Dieu et l’homme sont en relation, comme le Père l’est avec son enfant. « L’abîme du cœur aspire vers l’abîme de Dieu ». « Tu nous as faits pour toi, et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en toi ». C’est en fonction du Christ qu’a été créé le cœur humain, immense écrin assez vaste pour contenir Dieu même. C’est pourquoi ici-bas, rien ne nous rassasie, car l’âme humaine a soif d’infini. Toute chose a été créée pour sa fin, et le désir du cœur pour s’élancer vers le Christ.
Aussi l’Église cultive-t-elle la foi des martyrs, elle magnifie leur confession : “C’est toi, Seigneur, que je désire ; en te cherchant, je lutte et je me crucifie avec toi, afin de vivre en toi », dit un tropaire de la liturgie grecque.

Martyr, confesseur, croyant et témoin sont synonymes. La confession, la proclamation, est inhérente à la foi : tout croyant raconte ce qu’il a vu en Dieu ; il confesse publiquement pendant la Liturgie : « Nous avons vu la Lumière véritable, nous avons reçu l’Esprit Céleste ». Il en est le témoin oculaire, véridique. Sa foi peut redire du fond du calice eucharistique la parole de Jean : « Nous vous annonçons ce que nos yeux ont vu, ce que nos oreilles ont entendu, ce que nos mains ont touché, le Verbe de Vie ». Pour la foi, l’invisible est plus intime et connu que le visible. Selon la belle parole de Tauler : « Certains subissent le martyr une bonne fois par le glaive ; d’autres connaissent le martyr de l’amour qui les couronne de l’intérieur, invisiblement pour le monde ».

PAUL EVDOKIMOV, Les âges de la vie spirituelle, p. 45-49.

Amen,

Eden