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AMOUR MYSTÉRIEUX

martyr15 AMOUR MYSTÉRIEUX

PAUL EVDOKIMOV

Dieu est discret quand il nous aime ; cette attitude s’éclaire si l’on comprend ce qu’il y a de plus mystérieux dans l’amour : tout amour est toujours réciproque. L’amour n’est possible que parce qu’il est miracle, parce qu’il engendre immédiatement la réciprocité, même si celle-ci n’est pas consciente, se refuse ou se pervertit.
C’est pourquoi aussi tout grand amour est aussi un amour crucifié. Il engendre un don identique à sa propre grandeur, un don royal car sans contrainte. Dans son attente d’un fiat d’une égale immensité, l’amour ne peut que souffrir et être oblation pure jusqu’à la mort et la descente aux enfers.

Jean de Saroug, écrivain syrien, élève l’amour humain au niveau du Christ : « Quel époux, demande-t-il, mourut jamais pour son épouse, et quelle épouse a jamais choisi comme époux un crucifié ? Le Seigneur s’est fiancé à l’Église, lui a établi une dot par son sang, et lui a forgé un anneau avec les clous de sa crucifixion ».
Le péché de l’homme n’est pas la désobéissance, celle-ci n’est qu’une conséquence inéluctable ; le péché c’est de méconnaître le don de la communion, refuser la liberté et abdiquer l’amour des fils. Dieu meurt pour que l’homme vive en lui. « Ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi ». Paul meurt et le Christ vit en lui et c’est l’épanouissement adulte de la personne de Paul, son entrée dans le plérôme nuptial.

L’homme est défini par son Éros : « Là où est votre trésor, là est votre cœur », dit l’Évangile. Si l’amour est la formule de l’homme créé à l’image de Dieu, il est évident qu’on ne peut aimer vraiment que ce qui est éternel ; Dieu et l’homme sont en relation, comme le Père l’est avec son enfant. « L’abîme du cœur aspire vers l’abîme de Dieu ». « Tu nous as faits pour toi, et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en toi ». C’est en fonction du Christ qu’a été créé le cœur humain, immense écrin assez vaste pour contenir Dieu même. C’est pourquoi ici-bas, rien ne nous rassasie, car l’âme humaine a soif d’infini. Toute chose a été créée pour sa fin, et le désir du cœur pour s’élancer vers le Christ.
Aussi l’Église cultive-t-elle la foi des martyrs, elle magnifie leur confession : “C’est toi, Seigneur, que je désire ; en te cherchant, je lutte et je me crucifie avec toi, afin de vivre en toi », dit un tropaire de la liturgie grecque.

Martyr, confesseur, croyant et témoin sont synonymes. La confession, la proclamation, est inhérente à la foi : tout croyant raconte ce qu’il a vu en Dieu ; il confesse publiquement pendant la Liturgie : « Nous avons vu la Lumière véritable, nous avons reçu l’Esprit Céleste ». Il en est le témoin oculaire, véridique. Sa foi peut redire du fond du calice eucharistique la parole de Jean : « Nous vous annonçons ce que nos yeux ont vu, ce que nos oreilles ont entendu, ce que nos mains ont touché, le Verbe de Vie ». Pour la foi, l’invisible est plus intime et connu que le visible. Selon la belle parole de Tauler : « Certains subissent le martyr une bonne fois par le glaive ; d’autres connaissent le martyr de l’amour qui les couronne de l’intérieur, invisiblement pour le monde ».

PAUL EVDOKIMOV, Les âges de la vie spirituelle, p. 45-49.

Amen,

Eden

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